Ce cours intensif de trois crédits, appliqué sur le terrain, vise la formation de professionnels capables de développer l’étude, la mise en valeur et l’animation de paysages culturels régionaux.
Le cours permet, à travers une recherche-action sur le terrain, de faire l’expérience d’une approche professionnelle des paysages culturels et de développer des compétences en matière de documentation, d’interprétation et de mise en valeur de ces archives vivantes. Les méthodes et techniques de recherches empiriques étudiées et mises en pratique incluent le relevé architectural conventionnel ainsi que ceux exploitant la photogrammétrie et le GPS (selon l’intérêt des participants et le temps disponible); l’histoire orale et le patrimoine raconté; l’examen de documents d’archives (cartes, plans, journaux, photographies, tableaux, etc.) et d’artéfacts significatifs (statues, bâtiments secondaires, découpage des champs, plantations, etc.) et les relations entre ceux-ci.
L’interprétation du cas d’étude est résolument multidisciplinaire, puisant à la fois à la géographie culturelle, à la typomorphologie, à l’histoire de l’architecture, à l’histoire sociale et à l’ethnologie. Le cours permet également d’ouvrir le débat avec les acteurs clés de la communauté sur l’avenir de leurs paysages culturels et le développement du milieu. Enfin, diverses stratégies de mise en valeur, de conservation ou de recyclage sont développées en interaction avec des organismes, professionnels, et autorités gouvernementales et ecclésiastiques locales, en tenant compte des besoins et des valeurs de la collectivité.
Le cours prend pour objet (étude de cas) les paysages culturels vernaculaires de la Gaspésie. Chaque année, il se penche plus particulièrement, dans une perspective comparative, sur un ou deux noyaux paroissiaux d’origine catholique et / ou protestante. Un noyau paroissial se définit comme tout espace ou bâtiment servant à la religion ou à la pratique religieuse, notamment église, chapelle, cimetière, couvent, école, hospice ou hôpital, presbytère, croix de chemin, grotte, sanctuaire, oratoire, ou tout autre lieu associé à une pratique religieuse quelconque. Ce qui distingue la Gaspésie (ainsi que les Cantons de l’Est et l’Outaouais) des autres régions du Québec est la mixité des confessions au même endroit.
Quelles composantes servent toujours à leur fonction d’origine? Combien de bâtiments ou espaces ont été reconvertis et quelles sont leurs nouvelles vocations? Combien d’autres ont été démolies? Comment ont évolué les parcelles ayant appartenu à la fabrique, le diocèse, le Parish Council, les communautés religieuses ou toute autre congrégation ou organisation religieuse? Lorsqu’il y avait plus d’un groupe présent dans une collectivité, comment l’espace se divisait-il, se partageait-il ou se chevauchait-il? Les formes bâties de ces différentes communautés de foi se ressemblaient-elles et comment pourrait-on expliquer ces similitudes et différences?
Sous la forme d’exposés interactifs, de séminaires, de recherches sur le terrain, d’ateliers, de forums publics, ce cours implique étroitement les gens du milieu, des collaborateurs professionnels (architectes, urbanistes, historiens, géographes), représentants gouvernementaux et des universitaires reconnus pour leurs travaux sur les paysages culturels.
Le patrimoine bâti et les paysages culturels de la Gaspésie
«Œuvres conjuguées de l’être humain et de la nature, les paysages culturels expriment une longue et intime relation des peuples avec leur environnement» (Unesco). Les paysages culturels sont le résultat des modifications successives que les collectivités apportent à l’environnement où elles s’enracinent, et reflètent donc leurs modes de vie, leurs savoirs, leurs croyances, leur organisation sociale et économique, leurs échanges avec d’autres lieux et leur histoire. Comme le disait si bien John Brinckerhoff Jackson, le fondateur de la notion des paysages culturels aux États-Unis, ces derniers sont «l’histoire rendue visible».
Réputée depuis le début du vingtième siècle pour la majesté de ses paysages naturels, la Gaspésie est un territoire où il reste encore beaucoup à étudier et à mettre en valeur sous l’angle des paysages culturels. Terre de rencontres entre Micmacs, Français, Basques, Anglais, puis Acadiens, Loyalistes américains, colons Écossais, Irlandais et Québécois, ses paysages sont subtilement marqués par des établissements de petites tailles dont l’économie était traditionnellement tournée vers la mer et la forêt. Un chapelet de villages s’égraine le long de la côte, évidence d’autant d’ensembles paysagers façonnés par l’action humaine. Comment peut-on décrire la forme de ces établissements et de leurs composantes variées? Que nous apprend-elle des actions des habitants qui s’y sont succédé? Comment les pratiques civiques, économiques et religieuses des différents groupes culturels ont-elles contribué, jusqu’à aujourd’hui, à les forger? Comment mettre en valeur les particularités de ces noyaux paroissiaux et de leur territoire rural tout en répondant aux besoins des populations actuelles et à venir? Telles sont quelques unes des questions qui seront traitées durant le cours.
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